Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
cécile-r

promenades photographiques

La ronde de septembre 2014,"Fil(s)"...

Publié le 15 Septembre 2014 par Cécile Ruban

La ronde, un échange de blogs à blogs autour d'un thème commun à tous.

Cette 8ème édition tournera autour du ou des "fil(s)".

J'ai le plaisir d'accueillir Hélène (loin de la route sûre) et merci à Céline (mes esquisses) de me faire une petite place dans son blog!

La ronde continue de filer ainsi: Elise (même si), Franck (quotiriens), Guy(Emmaux et gemmes des mots que j'aime), Dominique A (la distance au personnage), Danielle (mine de rien),Dominique B (Jacques Louvain) , Jacques (un promeneur), Gilbert (le blog graphique) chez Hélène….

 

 

 

De fil en aiguille, rencontre d'Arles

Photographies Katerina Jepp, détail

Photographies Katerina Jepp, détail

Finement gantées, le teint mat et pâle sous l’ombrelle, les Arlésiennes au costume classique blanc et noir (...) balaient du satin de leur traîne la poussière des siècles.

 

Paul Arène et Albert Tournier. Des Alpes aux Pyrénées : étapes félibréennes ;
préf. par Anatole France. Paris Flammarion, 1892 
(Gallica, p217  et suiv.)

 

 

 

 

Ce juillet-ci, 6.

 

Arles. Il est des villes où toujours on revient. Quelques liens ténus de l'enfance vous relient à elle, qui ne suffisent pas à expliquer cette attirance. Est-ce le  Mistral coupant, le fleuve inexorable, le "cassé bleu" de René Char (et de Nicolas de Staël qui accompagna cet été), est-ce vincent ? Est-ce la taille des pierres blanches et ocre, la voûte de l'hôtel de ville, Saint-Trophime ? Est-ce — surtout — cette invraisemblable concaténation de la ville antique, médiévale et moderne ? A l'échelle d'un monument, je me souviens de Syracuse et de Cordoue, mais d'une ville entière ?

 

Est-ce la précieuse poupée de porcelaine — revêtue dans les années 1950 d'une robe de soie pourpre, d'un corsage de dentelle et du ruban noir qui ont fait d'elle une arlésienne — et que l'on voit, sur une photographie familiale prise avant 1900, serrée dans les bras d'une petite paysanne ? Le père, la mère, les trois enfants. Sur la même photographie, un petit garçon joue du bandoléon. il ne reviendra pas de la guerre de 14 et les raccourcis anachroniques de la mémoire viennent rappeler les enfants de 1915 qui jouaient à la guerre, mis en scène et photographiés par de Léon Gimpel exposés en compagnie des monuments aux morts de Raymond Depardon dans un autre lieu de la ville.

 

Dans un cheminement du clair à l'obscur, nous abandonnâmes la lumière des Lices pour pénétrer dans la chapelle désaffectée qui abritait les arlésiennes de Katerina Jepp. La reine et ses demoiselles, élues de l'année 2014, se dressent, en pied et grandeur nature, sculptées par la photographe, visage baissé ou de dos. L'image en deux dimensions prend une étrange et irréelle matérialité.  C'est le surgissement d'un présent-passé,  fantômes captés par le scanner dans l'écrasement des dimensions du temps et des formes, et pour cette apparition, le silence suspendu dans le ronronnement de la ville. Dans les alvéoles de l'exposition, sont présentées des dizaines de photographies d'arlésiennes en costume, photographiées dans les années 1900. Les visages, les coiffures, les regards disent en même temps le paradoxe de l'uniformité et de la singularité. Par dessus le corset des corps enveloppés de tant de travaux de fils et d'aiguille, la beauté, conforme aux canons de l'époque, semble résister au temps et à la disparition, tout comme l'ingratitude de certains visages. A l'inverse, un peu plus loin sont accrochés les portraits de femmes de tous âges, dont les prises de vue en costume d'arlésienne et dans leurs vêtements de tous les jours, viennent révéler la force de l'apparence et les beautés cachées. (Le travail de Denis Rouvre, sur l'identité, par le décalage de l'apparition à l'écran de la voix, puis de la voix, des visages et de ce qui est dit en fait aussi la démonstration).

 

Et là, dans un coin, reconnaissable entre mille, une photographie d'Henri-Cartier Bresson, dans un bouillonnement de blanc et de mouvements arrêtés  : la foule, arlésiennes et manadiers un jour de fête, vient me remplir de joie. Balayer la poussière de la mémoire. À Arles je reviens.

 

 

"une petite Arlésienne, toute en velours et dentelles, qu'il avait rencontrée sur la Lice d'Arles, une fois"

L'Arlésienne. In les Lettres de mon moulin. A. Daudet. 

(Lecture d'enfant).

La ronde de septembre 2014,"Fil(s)"...
Commenter cet article

Celine Gouel V 16/09/2014 14:40

Voies de chemins de soies, une dentelle !

Quotiriens 16/09/2014 02:39

Et à Arles j’étais,
nous aurions pu nous y croiser.
Une ville de regards, croisés,
et d’autres dalles bancales sous le pied.

Cécile 15/09/2014 21:16

De fil en fil, le tricot d'Hélène fleure bon la madeleine….

Elise 15/09/2014 19:13

toujours avec charme, égrener des souvenirs et défaire l'écheveau de la mémoire

DAutrou 15/09/2014 17:00

Le fil est riche et ses liens sont solides